Interview de Remy Sahuc chef de zone sur les marchés francophone, italien et asiatique chez SEDO et auteur du blog Blogodomaines.com un blog d'information sur les noms de domaine.
Peux-tu nous parler de toi, de ton parcours professionnel, de ton rôle chez Sedo ?
Domaineurs, professionnels du premier et du second marché, acheteurs et vendeurs de noms de domaine... beaucoup connaissent Sedo. Peux-tu nous en dire un peu plus sur Sedo France ?
Petite précision : Sedo France n'est pas une entité en elle-même, mais un département de l'entreprise allemande Sedo GmbH, filiale du groupe AdLINK et membre de United Internet.
Comment vois-tu le marché des noms de domaine en France et quelle est la place de Sedo sur ce marché aujourd'hui ?
La place de Sedo dans cet environnement - aujourd'hui comme hier - est le reflet de notre mission, qui est d'être au cœur du marché.
Que penses-tu de l’extension .fr ?
Nous remarquons qu’il y a de plus en plus de personnes en France commençant à s’intéresser au domaining. Qu’en penses-tu ?
Beaucoup de bien !
Quant à l'intérêt pour le phénomène à proprement parlé, il n'est pour moi que la conséquence logique de la réalité de l'étranglement progressif du premier marché qui renvoie de plus en plus d'utilisateurs sur le second. Or ses acteurs travaillent depuis plusieurs années déjà à l'établissement de passerelles, par exemple entre les registrars et les plateformes d'achat-vente. Je pense que l'acte d'achat d'un nom de domaine sur le second marché est appelé à se simplifier, et je sais que certains travaillent déjà à des projets allant dans ce sens. L'idée est de permettre aux utilisateurs d'acheter en quelques clics un nom de domaine issu du second marché directement depuis leur registrar favori, sans transiter par une plateforme spécialisée.
Bien entendu, la multiplication des ventes records à laquelle on a assisté ces dernières années et l'influence des médias ne sont pas étrangers à cet intérêt "soudain" de la part du grand public. Mais encore une fois, je refuse de croire qu'il s'agit d'un phénomène de mode. Le second marché est une réalité économique, sur lequel se fonde en partie l'activité de domaining. Après tout, il y a également des petits spéculateurs en bourse ou des spécialistes amateurs des plus-values immobilières et ça n'a jamais dérangé personne. Mieux, la variété est essentielle à la bonne santé d'un marché. Le domaining devrait progressivement passer dans les mentalités.
Pour finir sur la "poussée" actuelle de domaineurs débutants, je pense également qu'il s'agit d'une bonne chose. Peu passeront le cap de l'apprentissage sans séquelles démoralisantes, mais laissons la sélection naturelle faire son travail. Je travaille aujourd'hui avec des grands comptes du domaining francophone qui n'avaient pas un domaine en 2003. Il n'est jamais trop tard pour commencer, le marché offre des opportunités infinies pour quiconque fait preuve de discernement, de persévérance et de volonté d'apprendre. On ne peut pas se lancer dans l'immobilier avec quelques centaines d'euros d'économies. Dans le domaining, si.
Comment vois-tu l'évolution du parking de noms de domaine dans le futur ?
Le parking de noms de domaine repose sur un modèle économique solide et pérenne, car il sert l'intérêt de l'ensemble des maillons de la chaîne de valeur du visiteur à l'annonceur en passant par les intermédiaires.
Cependant, le parking en tant que produit doit et va évoluer. Les produits bancaires évoluent, les produits boursiers évoluent, les produits immobiliers évoluent, les produits du second marché n'ont donc aucune raison de couper à la règle. Il y aurait matière à disserter des heures sur le sujet du "comment ?", et je me restreindrai donc à quelques pistes.
Tout d'abord, le parking doit évoluer au niveau des sources de monétisation. Les liens publicitaires, c'est bien, mais l'Internet évolue et les modèles de monétisation se complexifient. Quand Google rachète Youtube, ce n'est pas pour que ses employés passent leurs journées à regarder les dernières videos d'amateurs de tektonik. Il y a une ambition à long terme derrière tout cela. De même, les poids lourds de l'Internet (Amazon, E-Bay) on sans doute leur mot à dire et leur pièce à apporter à l'édifice.
Ensuite, le parking doit évoluer au niveau des modèles de monétisation. Le PPC est un modèle qu'on ne présente plus et il n'est pas question de le jeter aux oubliettes, mais des alternatives comme le CPA font progressivement leur trou et il n'y a qu'un pas à franchir pour qu'elles soient décalquées sur le produit parking.
Le parking doit également évoluer au niveau de la richesse des intermédiaires. Google est le leader mondial incontestable de la monétisation. Yahoo fait bonne figure sur certains marchés ou certains secteurs. Mais pour l'instant, aucun prestataire ne propose un choix ou un alliage entre les deux. Et pour cause : sur un marché jeune, il est facile de dicter sa loi. La diversité des noms de domaine est en outre suffisamment riche pour songer à entrer dans une phase de spécialisation : certains acteurs pourraient de spécialiser sur la monétisation parking du trafic "adulte", d'autres sur celle du trafic "finance", etc.
En outre, le parking peut se rapprocher de l'annonceur. Sur des domaines génériques de grande qualité, on pourrait imaginer un prestataire parking jouant le rôle de régie publicitaire en allant lui-même démarcher les annonceurs susceptibles de vouloir apparaître sur la page. La chaîne de valeur raccourcie, les rémunérations pourraient être plus intéressantes qu'elles ne le sont déjà, et surtout la pertinence plus grande.
Enfin, le parking doit faire son coming out. C'est un modèle économique performant mais décrié. Décrié par les internautes (dont beaucoup cliquent pourtant sur les liens...), décrié par certains acteurs du marché (notamment les registres) et décrié par les titulaires de marques (qui préfèrent dépenser leurs budgets en dépôts défensifs obsolètes qu'en rachats offensifs de noms de domaine génériques). Il reste donc un chemin considérable à parcourir de ce côté-là, mais le travail d'évangélisation effectué par les acteurs sérieux du marché porte ses fruits.
Aux insiders qui brandissent parfois le spectre du développement pour protester comme ils peuvent contre le modèle du parking, je rappellerai que celui-ci n'entre pas en concurrence avec le webmastering. Si Frank Shilling et BuyDomains - pour ne citer qu'eux - veulent développer leurs centaines de milliers de noms de domaine, je ne peux que les respecter encore plus que je ne le fais déjà. Mais ils n'y parviendront pas d'une part, et l'addition sera au final plus salée que s'ils avaient monétisé leur trafic via le parking sans aucun effort. Sans parler des problématiques de blocage de comptes Adsense, de référencement, de cash flow et consorts. Alors certes, tout domaineur a pour ambition de se focaliser sur le développement de quelques unes de ses pépites. A cela, je répondrai : c'est bien normal et c'est dans l'intérêt de l'Internet.
Nous avons appris dans la presse du rachat de Capnom par le registrar Netissime. Il y a également d'autres sites web sur la vente des noms de domaine. Que pense Sedo, et en particularité Sedo France, de cette nouvelle concurrence ?
Beaucoup de bien ! C'est une bonne nouvelle pour le marché et cela nous permet au passage de détourner un peu l'attention. Nous sommes souvent - un peu à notre insu - sous les feux des projecteurs. Il n'est pas forcément plus facile d'évoluer sans concurrence qu'avec, bien au contraire. Nous n'avons pas attendu que la concurrence arrive pour nous demander comment répondre au mieux à la demande du marché et aux attentes de nos clients. Si nous sommes fiers de faire partie des pionniers du second marché, nous sommes conscients de n'avoir pas non plus inventé la poudre. Certains sont arrivés plus tôt et ont trébuché en route, d'autres sont arrivés plus tard et font un travail remarquable. La concurrence nous fait prendre des initiatives, des risques, des décisions.
Le marché français n'est certes pas l'un des plus concurrentiels dans ce milieu, mais la raison à cela n'est pas seulement son retard relatif : il s'agit avant tout d'un marché difficile à appréhender ! Ce ne sont pas les moyens qui manquent à certains concurrents d'envergure internationale pour venir s'attaquer au marché français. La concurrence n'est pas un combat de coqs, elle doit se faire dans une volonté d'innovation et ainsi profiter au marché. Si des concurrents français inventent subitement la poudre, nous serons les premiers à les en féliciter et redoubleront de travail pour nous différencier de leur offre. S'ils se contentent d'imiter des modèles connus, le marché les sanctionnera malgré eux et la question aura été vaine. Mais cette vérité valant également pour nous, nous préférons nous concentrer sur l'œuvre à laquelle nous travaillons depuis plus de 7 ans et sur notre mission : être au cœur du marché.
Captain Names : Merci Rémy d'avoir fait partager ta vision aux lecteurs de CaptainNames.
Réponse de Rémy Sahuc : Merci à CaptainNames pour cette interview intéressante, et bravo pour votre implication active sur le marché des noms de domaine ! |

